Gabriel Zufferey Trio

Châlons-en-Champagne - Théâtre du Muselet - le 25 février 2005.

C’est par une « Improvisation » que le trio débute le concert. Mise en place impeccable, les musiciens se jaugent. Il ne fait pas bien chaud ce soir au théâtre du muselet. Au sens propre. Spectateurs et musiciens : chacun garde sa petite laine. Gabriel Zufferey creuse le clavier d’une main caressante, déborde de vitalité dès les premières phrases. C’est avec "Smiling", une composition personnelle, que les spectateurs finissent leurs travaux d’approche du jeune prodige, prix du meilleur espoir du concours Martial Solal. Après l’avoir toisé, ils peuvent désormais livrer leurs oreilles à cette musique inouïe qui s’impose d’emblée comme si elle faisait partie de la famille. La mélodie rappelle un standard oublié, un air déjà entendu. "Just before", "Strange" et "Hurry up", autres opus du jeune pianiste, confirment cette impression. Il y a du Bill Evans chez Zufferey, du moins dans la sensibilité et la mélodie, un swing formidable qui rappelle Mc Coy Tyner, aussi. C’est une musique généreuse, au swing discret qu’il nous est donné d’apprécier comme on assiste aux premiers pas d’un futur géant. Il a bien du mérite, le pianiste suisse, de tenir la vedette, quand il a sur scène son parrain et compatriote Daniel Humair. Avec sa bonhomie habituelle, le batteur souligne les arrêtes, disperse les couleurs avec une délicatesse et un sens de la trouvaille extraordinaires. Jamais il ne couvre la voix dans son dialogue avec la basse de Sébastien Boisseau, aux saveurs rondes et boisées, ou lorsqu’il mène la conversation avec ses deux acolytes, qui éprouvent – on les comprend – le rare bonheur d’être en scène avec l’un des plus grands batteurs du jazz. En solo, Zufferey attaque un "Here’s that Rainy Day", qui adoucit l’atmosphère. On trouve la mélancolie légère frottée d’un optimisme fougueux qui ne laisse par uniquement penser que « vingt ans est le plus bel âge de la vie ». Le concert est un régal suivi d’un double rappel de spectateurs conquis et peu pressés, en tout cas, d’affronter les rigueurs de la rue silencieuse et froide.

Frédéric Chef

Gabriel Zufferey piano
Sébastien Boisseau contrebasse
Daniel Humair batterie

www.myspace.com/gabrielzufferey