Les amants de Juliette

Il faut me faut tout d’abord vous dire à propos de ce trio qu’il peut provoquer chez vous une réaction épidermique. Je m’explique : on sort de l’écoute des Amants de Juliette avec le souvenir du frisson qui a couru tout au long de l’échine. Il y a dans ces compositions et leur exécution, quelque chose tenant du doux malaise, un état de demi-sommeil sans que l’on soit capable de dire si c’est celui qui précède les rêves ou le réveil.

Une formation véritablement à part : trompette – piano arrangé – tablas en conversation au long des compositions. Un premier enregistrement en 1994 marquait les débuts de ce trio rare : Serge Adam (venu en résidence dans notre région pour, notamment, la création Bucarest autour du collectif Vents d’Est), Benoît Delbecq (le spécialiste du piano préparé avec son quintet, l’innovant Kartet ou en duo avec l’électro dans Ambitronix) et Philippe Foch (percussions et tablas avec Akosh S. Unit).

Le discours des trois musiciens tient en un dialogue à l’intensité soutenue, recherchée et ciselée avec précision. Leurs improvisations développent autre chose que la virtuosité démonstrative : les aspects d’écoute, de silence et de respiration sont également essentiels dans des morceaux comme « Tissu » ou « Le Pictogramme ».

Enthousiasmant, troublant, rare, fragile et épidermique !

Jean Delestrade