Alain Jean-Marie solo

Villa Douce, Reims le 11 mars 2004

Un punch au soleil.

D'Alain Jean-Marie, on attend cette douceur mâtinée de discrétion, cette « créolitude » qui ont fait de lui ce qu'il est. Ce serait oublier la maîtrise du clavier be-bop. Villa Douce, bien nommée pour l'occasion, le pianiste attaque son programme par une série d' «hommages ». Il joue Coltrane, avec retenue, mais vivement. Il ravive, en connaisseur du jazz des origines, les accents stride empruntés au ragtime pour saluer Billy Holliday. « Evidence », « thème pas évident », lui permet d'aviver ses arrêtes et de se frotter à la pureté rythmique de Monk. Chauffé, comme les auditeurs enveloppés désormais d'une ouate feutrée, Alain Jean-Marie entame le programme d'un disque solo à paraître, qui revisite notamment « Contemplations » de Mc Coy Tyner et « Mister Sims » de Coltrane, dans un balancement continu, avec un sens profond de la mélodie et des subtiles harmonies. Pour donner la parole à Billy Stayhorn, il se fait percussif ou combatif avec Charlie Parker, sans céder un instant aux sirènes de la démonstration. L'homme orchestre s'affirme peu à peu, sans accrocher pour autant son coeur en bandoulière. Il offre ses tableaux de voyage avec danse chaloupée et parfums de fuite. Il partage avec gentillesse ses intuitions musicales et sa connaissance des paysages intérieurs.

Ce marathon tranquille s'achève avec une visite du patrimoine créole. Une humoristique et sautillante biguine de Saint-Pierre, telle un punch au soleil, vient échauffer les esprits. Voilà qui rappelle le temps du cinéma muet et du jazz des planteurs de coton. Un beau trajet à travers le temps.

Une savoureuse promenade dans les divers folklores du jazz.

Frédéric CHEF