Carsten Daerr
& Daniel Erdmann

Berlin Callling

Le prestigieux label Act mène depuis plusieurs années un travail d’exposition de la jeune génération du jazz allemand, ce que l’on se doit de souligner car on sait à quel point il est difficile de faire entendre sa musique aujourd’hui, que ce soit auprès des diffuseurs ou des labels, en particulier les plus importants. La collection "Young German Jazz" nous a permis de découvrir le trio du pianiste Michael Wollny notamment, avec l’excellente contrebassiste Eva Kruse et le batteur Eric Schaefer, qui fait également parler de lui au sein du décapant Johnny La Marama (avec le guitariste Kalle Kalima et le contrebassiste Chris Dahlgren) et de son groupe Demontage (dans lequel on retrouve par ailleurs Daniel Erdmann).

Ce nouvel album, sous les noms du pianiste Carsten Daerr et du saxophoniste Daniel Erdmann, a pour thème Berlin et la bouillonnante activité musicale et artistique qui semble y régner. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui y voient la nouvelle capitale des musiques improvisées en Europe, comme a pu l’être Paris.

Qu’entend-on ? Pour être franc, beaucoup de choses : si les références à un fond culturel commun à ces musiciens sont bien présentes, on a clairement l’impression d’avoir affaire à une photographie de leurs préoccupations musicales du moment, qui sont d’ailleurs loin d’être nouvelles : utiliser pleinement les héritages musicaux, du jazz en grande partie, pour en faire "quelque chose d’autre" et développer un univers musical qui ressemblent à leur quotidien. En ce sens, le tableau de la vie musicale berlinoise qui y est dressé donne envie d’aller voir sur place.

Si, comme le dit Wolf Kampmann dans les notes de pochette, les six musiciens évitent les clichés du free, du jazz et de la pop, ils les utilisent malgré tout à plein régime et s’amusent manifestement beaucoup à les dynamiter. "Habibi" et "Playajazzchord" pourraient presque (ce "presque" est très important !) servir de générique à des films policiers des années 60 avec ce côté hard-bop très groove, presque funky (un peu déglingué quand même, nous ne sommes pas non plus chez Lalo Schifrin…), "Reveal your identity" nous emmène pas très loin de Radiohead et même Kurt Weill est évoqué avec son "Alabama song" dont la relecture s’éloigne immédiatement – et c’est là le moins que l’on puisse dire - de la mélodie originale pour laisser le champ libre à ces improvisateurs prolifiques.

On comprend vite à l’écoute que l’objectif de ce disque n’est pas de devenir une carte postale musicale de luxe pour la ville, pas plus, comme l’écrit encore Wolf Kampmann de définir le son de Berlin - lequel, au vu de la diversité qui semble y régner serait, j’imagine, ardu à trouver. Quelqu’un a-t’il déjà essayé de définir le "son" de Paris ? – mais il nous donne à entendre et à découvrir des musiciens brillants animés de préoccupations créatives à mille lieux des clichés avec lesquels ils s’amusent tant.

Pierre Villeret

Berlin calling (ACT, 2007)

Carsten Daerr piano, Daniel Erdmann saxophone ténor, Ritsche Koch trompette, Ronny Graupe guitare, Oliver Portratz contrebasse et Sebastian Merk batterie, sont, à mon humble avis, des noms à utiliser dans les moteurs de recherches musicaux du web pour dénicher des disques chez nos voisins allemands… Il ne reste plus qu’à espérer que les programmateurs et directeurs de festival hexagonaux leur donneront la possibilité de se produire près de chez nous…

www.carstendaerr.de
www.myspace.com/carstendaerr
www.daniel-erdmann.com
www.myspace.com/erdmann3000
www.actmusic.com