Erdmann 3000

Welcome to E3K

Il me semble que cela doit être dans l'air du temps. Je veux parler de cette frénésie qui poussent le monde médiatique à établir à tour de bras des classements : classement de la plus belle femme du monde, classement des plus grands joueurs de foot de l'histoire, de la plus belle gamelles des bêtisiers. Il est vrai que ce concept est déclinable à l'infini, jusqu'au jour où nous en arriverons au classement des 100 plus beaux radiateurs de Charente-Maritime. Si je vous parle de tout cela, c'est parce que je lisais récemment dans un hebdomadaire que l'Aisne est le département où il fait le moins bon vivre en France : pour établir ce nouveau classement, les journalistes prennent en compte les infrastructures hospitalières, le prix de l'immobilier, les jours d'ensoleillement et bien d'autres choses encore.

Ceci m'amène à faire deux remarques : il est proprement scandaleux que les jours de soleil et la température moyenne soient des éléments de jugement. On ne me ferra jamais croire qu'un bled où il fait 35° toute l'année est le paradis. Pour ma part, je ne supporte pas la chaleur et rien ne me plaît plus qu'un ciel lourd et chargé avec un vent fort. Voilà, c'est dit, et c'est une première chose.

Ensuite, si ce classement prenait en compte le nombre de jazzmen multiplié par un coefficient de talent, il est à parier que l'Aisne quitterait définitivement cette imméritée dernière place.

En effet, non loin de Château-Thierry réside un jeune saxophoniste d'une trentaine d'année : Daniel Erdmann. D'origine allemande, il est installé ici depuis quelques années. Ce choix de vie est surprenant quand on sait que Berlin est au moment où je vous parle une des scènes les plus réputée et inventive, notamment par l'apport de musiciens scandinaves plus enclins à fréquenter la capitale allemande que celle française.

Daniel Erdmann est le leader d'un quartet qui s'appelle Erdmann 3000 et qui est composé de musiciens allemands. Parmi eux le guitariste Franck Möbus, grand défricheur de terres improvisées et génial économe dans son expressivité.

Le jeune saxophoniste allemand est lui d'une étonnante maturité dans son jeu, dans le son qu'il tire de son instrument et dans ses compositions. Cela vient peut-être du fait qu'il fait parti de ces musiciens qui ne donnent pas dans le spectaculaire et l'esbroufe, qui ne mettent pas des notes un peu partout pour cacher la forêt. Au contraire, Daniel Erdmann est de ces saxophonistes durs à cuire (comme l'a été Sonny Rollins en son temps) dont le travail s'inscrit dans le temps. D'ailleurs, Erdmann signifie "laboureur" en allemand, il n'y a pas de hasard. De la maturité dans le jeu donc, et tout comme son collègue Möbus, la science de l'économie des notes, de ne choisir que les meilleures. Les respirations que cette économie impliquent, entraînent alors une tension incroyable dans l'attente de la note suivante, les silences se tendent de perspectives d'une densité rare.

Alors oui, j'aime beaucoup ce musicien, son univers et sa personnalité. Et je guette le moindre mouvement de son nouveau projet, "Erdman 3000 French Connection" qui associe Franck Möbus, Yves Robert, Jean-Philippe Morel et Edward Perraud.

Jean Delestrade

Welcome to E3K (Enja, 2005)

Daniel Erdmann saxophone ténor
Frank Möbus guitar
Johannes Fink contrebasse
John Schröder batterie

www.daniel-erdmann.com
www.ventsdest.com