Drew Gress
7 Black Butterflies

Troyes, Théâtre de Champagne, le 24 janvier 2006.

Mardi 24 janvier, 19h, Reims. Je grimpe dans ma voiture pour rejoindre Troyes et le Théâtre de Champagne, dans lequel l’association Aube Musiques Actuelles nous proposait un concert absolument incontournable : la première des deux seules dates en France du contrebassiste new-yorkais Drew Gress à la tête de son quintet "7 Black Butterflies" au nom énigmatique. Parfaitement dans les temps pour une fois, j’étais donc tout à fait enchanté de découvrir enfin sur scène ce musicien que j’apprécie tant sur disque (Joint Venture, Marc Copland Trio, etc.), et fort bien entouré, jugez plutôt : Tim Berne (saxophone), Ralph Alesi (trompette), Craig Taborn (piano) & Tom Rainey (batterie). Tout content, j’écoutais d’ailleurs Joint Venture dans ma chère Twingo quand un affreux doute apparu dans mon esprit : et si j’étais déçu ? C’est le genre de chose qui, malheureusement, peut arriver, surtout lorsque l’on est très enthousiaste : ils sont en tournée… ils peuvent être fatigués... avoir envie de rentrer chez eux, etc.

Théâtre de Champagne, 21h, Troyes. Le public est au rendez-vous, même si on ne peut jamais être vraiment satisfait de le fréquentation des concerts, et certains ont fait le déplacement depuis la Région Parisienne. Je choisis un siège pas trop loin de la scène, m’installe et attends le début du concert, impatient.

Les musiciens arrivent, s’accordent, se préparent, saluent le public (« yeah, yeah, hello ») et commencent un des plus excitants concerts auxquels j’ai assisté : le répertoire est celui du disque, passionnant, et chacun des protagonistes fait preuve d’un engagement sans faille, ne s’économisent pas une seule seconde. La musique est riche, complexe, difficile peut-être, mais superbe. Les deux cuivres jouent sur la tension, l'opposition, quand l’un tient le thème, comme on tient la barre : contre vents et marées, l’autre s’amuse à le déconstruire. Tom Rainey est simultanément fin, subtil et littéralement explosif. Graig Taiborn ajoute à l’ensemble un travail de coloration remarquable et Drew Gress dirige véritablement le tout, en nous laissant apprécier son jeu, lequel est superbe. Ce concert suit un scénario, avec une logique dramatique et de beaux dérapages contrôlés.

Comme l’a écrit un critique à propos Miles Davis, ces artistes n’ont manifestement pas peur de ce qu’ils aiment et j’ai retrouvé dans ce concert ce que j’apprécie dans les disques de Joint Venture ou ceux d’Ellery Eskelin, par exemple, des tonnes de références qui se croisent et s’enrichissent sans la moindre auto-censure.

Pierre Villeret

www.drewgress.com

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