Aldo Romano Trio
Threesome

Vitry-le-François, Espace Simone Signoret, le 14 janvier 2006.

Je dois l’avouer : Threesome est un disque qui m’accompagne depuis sa sortie en 2004. Quel plaisir alors de voir réuni le trio d’Aldo Romano : Danilo Réa au piano, Rémi Vignolo à la basse, comme sur le disque, sans les habituels remplacements au pied levé d’un tel par tel autre et de notre plaisir par une satisfaction mitigée. D’emblée, Aldo Romano joue le jeu, repasse la galette, évoquant le pays des origines : "Abbruzzi" (en français Abbruzes) avec la fougue qu’on lui connaît, le sens du partage et la délicatesse d’un toucher mélodieux. Le trio fonctionne parfaitement, révise avec finesse le répertoire commun : "Ghost spell" (un jeu de mots sur Gospel, précise Aldo), "Murmur" confidence en forme de ballade. Un medley revisite notamment "Bye Bye Black Bird" avec panache. Danilo Réa caresse le piano, s’enflamme par instant sans jamais céder à la démonstration. Le leader rend hommage à la « magnifique Signorette » en jouant "Manda", inspiré du rôle de Reggiani dans « Casque d’or » de Jacques Becker. L’émotion est à fleur de peaux et de cymbales. Il y a aussi « Paradise for Mickey », hommage sensible au très regretté Michel Graillier. "You don’t know what Love is" réveille les passions et secoue l’assistance.

Vignolo entame un solo, véloce et précis, avant la reprise de "Rimes" magnifique chanson de feu Claude Nougaro, dont Aldo a signé l’admirable thème. Le trio est au comble de cette délicatesse de propos qui ne verse jamais dans le débraillé de l’émotion. C’est une belle soirée. Les connaisseurs ont retrouvé les mélodies de Threesome. Les autres ont découvert les standards de demain.

Et puis en guise de rappel, se faisant prier, Aldo Romano nous donne une chanson. "Les clowns" d’Esposito, vieille scie que notre crooner fait grincer en deux langues : français, italien. On est en plein mélo. Le jeune homme de 64 ans cabotine, se retire en coulisse. Il revient pour chanter "Estate",  sans jamais pincer la corde sensible et sans véritable technique vocale. On regrette le gâchis final d’un grand moment de jazz intemporel. Même s’il est vrai qu’en France, tout finit par des chansons…     

Frédéric Chef

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