Matthieu Donarier Trio

Reims, Centre Culturel Saint-Exupéry, le 15 janvier 2004

« Le jeune homme est raffiné ! » ironisait Daniel Humair le 21 novembre 2003, alors qu’il présentait « Saveur exquise », un thème de Mathieu Donarier. Ce soir-là, le groupe Baby Boom enflammait le cellier Carnot, chez Pommery, à Reims.

De retour au pays des bulles, le jeune prodige, alors chef de groupe et tête de file de la jeune garde du jazz français, se frottait au public de la petite scène du centre Saint-Ex. « C’est là que sont les enjeux de la musique, pas forcément dans les grandes salles » nous confia le saxophoniste au cheveu court.

Pour pétrir la matière sonore de ses compositions, Donarier, outillé d’un ténor et d’un soprano, était secondé de Manu Codjia. « Sa guitare, c’est comme un piano mou » confia-t-il. Les sonorités bleutées du sax se mélangèrent aux surfaces colorées jaillies des cordes, dans une proximité confondante. Au milieu, la « machine à danser » - la batterie - était animée par Joe Quitzke. Le public partagea la joie sensuelle et débridée d’un bolide rôdé sur les routes de l’aventure. « Mourir pour des idées » de Brassens inaugura cette vadrouille dans un décor naturel haut en couleurs et aux timbres variés. « Mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente » soufflait l’oncle Georges. On sent que Donarier a retenu la leçon quand il développe ses lignes de chants. Des idées neuves comme le bel aujourd’hui, le débroussailleur de standards « très vieux du jazz » en a à revendre. Ce qui ne l’empêche pas de ravitailler nos oreilles en reprises inouïes, telle cette gymnopédie d’Erik Satie, triste et tendre, inquiète et sensuelle. Le public savoura cette conviction tranquille au service d’une brocante sonore de haute volée, jamais gratuite et souvent drôle. Comment ne pas entendre les paroles de cet autre titre de Brassens, quand Donarier et ses comparses reprennent à leur compte son « Roi » (des cons) ? Le trio tutoie l’éphémère, s’interroge, défriche des arpents nouveaux et revitalise le patrimoine. Que demande le peuple, aux oreilles tendues, un peu las, parfois, de l’esbroufe dénuée de sens… ? La réponse était là dans cette prise de risque et ce libre parcours.

Au fait : un disque du trio en avril. A suivre !

Frédéric Chef

www.myspace.com/matthieudonarier