Jean-Charles Capon, Christian Escoudé &
Pierre Boussaguet

Witry-lès-Reims, ESCAL, le 17 janvier 2004

Le concert débute par un « Hymne à l’amour », reprise de Piaf, vieille scie à la rubrique des goualantes. C’est calme. Les sentiments sont encore un peu timides. Puis, avec les compositions de Boussaguet, au centre, caché derrière sa basse, le courant commence à passer. « Cher Stéphane », dédié aux mânes de Grapelli, invoque une discrète parenté manouche et précède « Cello parigot ». Non, Escoudé, qu’on attend au tournant de chaque opus, se met au service d’un trio rôdé flirtant avec les Gypsies, dans l’esprit plutôt qu’à la lettre. Jamais il ne passe devant ses camarades de jeu. A aucun moment il n’en fait trop. Il y a un côté jazz de chambre tranquille et qui prend son temps pour ouvrir les cœurs. Gus Viseur est au rendez-vous, avec sa « Jeannette », la tendresse itou, un plaisir partagé qui passe de corde en corde. La basse, continue, est assumée par le trio, comme on partage la confidence : Escoudé accompagne Boussaguet qui seconde Capon et retour. « Ma muse s’amuse » nous confie Escoudé avec cet humour parigot, mâtiné ici d’une pointe de classicisme dans le genre conservatoire. Capon offre la rondeur boisée de sa conversation. Jamais la promenade ne s’égare trop loin dans les fourrés de la déclaration osée, ce que l’auditeur, un peu voyeur aussi, regrette par instant. N’empêche, « Daphné » et « Blues for Ike » de Django Reinhardt permettent aux trois compères de renouveler notre perception du maître de Samois-sur-Seine. Escoudé frotte avec pudeur les cordes de sa Selmer. Brassens s’invite aussi au rappel « Dans l’eau de la claire fontaine ». Une belle fraternité.

En filigrane, il y a, dans ce moment rare de poésie, la tendre saveur d’un moment tranquille passé en terrasse, dans le soleil un peu frileux du printemps.

Frédéric Chef

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