John Zorn

Femina

On était habitué avec Zorn aux superbes packagings concoctés par Heung Heung « Chippy » Chin mais sur cet album, elle s’est surpassée, hissant le contenant à la hauteur du contenu. Le digipack est protégé par une pochette en plastique transparent sur laquelle sont inscrits le titre au recto et le symbole femelle au verso. A l’intérieur un superbe livret d’une cinquantaine de pages avec sur les pages de droite, des photographies de Kiki Smith et à gauche, les idéogrammes stylisés de « Chippy » Chin. Malgré la générosité de l’objet, il y a très peu d’explications sur la musique que Zorn nous propose. Seulement quelques indices qui nous poussent à la conjecture.

Le disque est un hommage de Zorn à la féminité interprété par 9 femmes (6 musiciennes + Laurie Anderson + Kiki Smith + « Chippy Chin »). Le 9 étant le chiffre symbolisant la germination et donc la maternité.

52 femmes dédicataires, 52 photographies sur l’ensemble du CD (48 dans le livret, 1 sur la pochette, 3 en feuilles volantes), 4 plages sectionnables en 52 fragments. Et en effet, le 48ème fragment comprend un texte de Marguerite Duras (citation de « c’est tout ») qui elle-même se situe en 48ème position dans la liste des dédicataires.

On retrouve dans ce disque l’ensemble des univers sonores de Zorn : l’easy-listening des Dreamers, les couleurs de Masada, le zapping de Naked City, les systèmes de musiques improvisées de Cobra, l’ambiance des « filmworks » (notamment celle du « last supper »),  la structuration et la cérébralité des pièces contemporaines (voir d’ailleurs à ce sujet l’ouvrage « John Zorn : tradition and transgression » de John Brackett publié chez Indiana University Press).

Le compositeur et les six musiciennes ont réussi la prouesse de construire un son de groupe et une musique cohérente malgré l’inexistence jusqu’alors du groupe hors du studio d’enregistrement et la rapidité à laquelle se succèdent les fragments. On aurait aimé d’ailleurs que certains thèmes prometteurs soient plus exploités dans la durée.

Guillaume Grenard

John Zorn Femina (Tzadik, 2009)

Jennifer Choi violon
Okkyung Zee violoncelle
Carol Emmanuel harpe
Sylvie Courvoisier piano
Shayna Dunkelman percussions
Ikue Mori électronique

www.tzadik.com
www.myspace.com/tzadikrecords