Les Zazous

Comme vous allez pouvoir vous en rendre compte tout au long de ces quelques minutes que nous allons passer ensemble, il est possible de se cultiver en lisant la chronique jazz. Et oui, le jazz n'est pas seulement une musique de bar, une musique de petite moralité, même si il est vrai qu'elle est née dans les lupanars peu recommandables de la Nouvelle Orléans et qu'elle a souvent été la musique de fond de soirées recommandées et inoubliables dont Lulu la Nantaise s'était fait une spécialité.

Effectivement, parlons histoire. Certes, il ne s'agit pas de la période la plus glorieuse.
Paris des années 40.

Des jeunes gens se promènent dans la rue avec au revers de la veste une étoile jaune sur laquelle est inscrit le mot « swing ». Ce sont les zazous.

De zazous, vous avez sûrement entendu parler pour la musicalité non négligeable de ce mot, ou encore parce que notre Jérôme Savary national a monté voilà quelques années un spectacle musical à leur sujet.
Au delà de ce geste de résistance qui s'est avéré suicidaire pour certains d'entre eux, les zazous faisaient preuve d'une extravagance vestimentaire remarquée pour l'époque : veste longue, pantalons resserrés à la cheville, coiffure verticale au-dessus du front et retombant sur la nuque. Un look, qui contraste avec celui recommandé alors genre casque à pointe et petite moustache, est directement inspiré par les dandys noirs américains et notamment Cab Calloway crooner et grande star de l'époque : c’est d’ailleurs le chanteur qui est l’inventeur du nom avec une de ses compositions intitulée Zah, Zuh, Zah (1933).

Dans un pays livré à la censure ou à une information monotéiste, l’intérêt porté au jazz en ces années d’occupation est tiède, sauf par certains jazzmen qui n'hésiteront pas à faire de cette musique de nègre une musique d'aryens. Bref. Cependant dans les caves, des concerts éclatent un peu partout devant un public d’adolescents tapant des pieds aux rythmes effrénés de musiciens français : Django Reinhardt, Hubert Rostaing, Alix Combelle, Gus Viseur, André Ekyan… L'un des plus célèbres représentants de cette génération de beatniks avant l'âge est bien entendu Boris Vian, grand maître parmi les maîtres, chers amis prosternons-nous. C'est le repère des zazous.

Au-delà d’une passion pour la danse et la musique, le mouvement zazou est bien évidemment une réaction à la chape de plomb moraliste que le gouvernement collaborationniste fait peser sur la société, les fascistes les considérant comme le symbole de la décadence judéo-négro-américaine.

La dérision est leur principale arme de combat : un jour de juillet 1942, un groupe de zazous remonte les Champs-Elysées en brandissant deux cannes à pèche, hommage détourné mais vibrant à un général exilé à Londres. Je répète, un jour de juillet 1942, un groupe de zazous remontent les Champs-Elysées en brandissant deux cannes à pèche, hommage détourné mais vibrant à un général exilé à Londres, je répète...

Jean Delestrade