Michael Brecker Quindectet

Wide Angles (Verve, 2003)

Etonnant, Michael l’est tout d’abord par son jeu et par la faculté ensuite qu’il a à nous surprendre depuis quelques années à chacun de ses nouveaux enregistrements. Depuis ce premier album solo signé en 1987 chez Impulse où l’on retrouve quelques petits chefs d’œuvre comme Syzygy ou encore Original Rays tant sur un point de vue technique que sur l’originalité des compositions, les choses ont bien changé, seule l’étendue de son talent est restée la même.

Sur Wide Angles, sorte de concerto jazzy pour sax ténor et orchestre puisqu’il s’agit là d’un quindectet, on y retrouve trompette, trombone, cor d’harmonie, flûtes, clarinette basse, hautbois, violons, altos, violoncelles, guitare, contrebasse, batterie et percussions. Autant dire qu’il y a du beau monde, John Patitucci (prononcez avé l’accent corse...) donne le ton dès le premier morceau avec une rythmique dans la pure tradition sud-américaine soutenu par Daniel Sadownick aux percus (congas et autres ustensiles de cuisines dont raffole entre autre l’ami Ray Barretto).

Les arrangements sont cosignés par le saxophoniste américain et Gil Goldstein. Les styles sont nombreux, on y retrouve en effet les principales influences de Brecker, ces courants musicaux qui ne cessent de l’animer depuis de nombreuses années déjà, de la funk-fusion des Brecker Brothers (avec son frère Randy) pour ce qui est des morceaux Night Jessamine et Modus Operandy, aux rythmes afro avec Timbuktu, en passant par des compositions plus classiques comme Never Alone, plus proches finalement de son dernier album studio ou encore du somptueux album American Dreams de son ami Charlie Haden.

Michael signe là dix merveilleuses compositions et nous démontre là une autre facette de son talent. Il est vrai que les arrangements de musiciens de jazz avec des orchestres classiques deviennent monnaie courante ces derniers temps, je pense au dernier album de Di Battista, aux frères Belmondo et L’Hymne Au Soleil. Ici la donne est un peu différente dans la mesure où les instruments plus classiques de type Hautbois, Cor d’harmonie ou encore Violons et Alto se prêtent volontiers au jeu du swing et savent à merveille mettre le saxophoniste en avant afin de le repousser dans ses derniers retranchements, ce qui donne lieu à de longs chorus étirés d’harmonies innovantes s’envolant parfois sur plusieurs octaves. Une très belle démonstration de technicité, Michael reste incontestablement mon favori...

Maxime Lommé

www.michaelbrecker.com