Cannonball Adderley

Somethin'else (Blue Note, 1958)

Il est tard dans la nuit, la rue est déserte, seules les lumières des maisons me rappellent que je ne suis pas seul. Cette rue étroite n’a aucun parfum sauf celui de la quiétude, malgré le côté obscur de la scène. Le pavé humide, deux ou trois réverbères qui dans leur dernier souffle continuent à produire une lumière particulièrement orangée, voilà ce qu’Autumn Leaves ne cesse de m’évoquer à l’écoute des premières notes, peut être est-ce l’effet apaisant de la mélodie d’intro en sol mineur accentuée ensuite par les sonorités « lunaires » de Miles. Ce morceau est à l’image de cet album ô combien mystique, incomparable, inégalable, quelque chose d’autre, Somethin’Else...

Autumn Leaves est le morceau qui ouvre cet album. On y retrouve une rythmique toute en douceur et pleine de tact assurée de main de maître en la personne d’Art Blakey plutôt « explosif » en temps habituel (on se souvient notamment de ses versions déliracadabrantes d’A night in Tunisia de Dizzy Gillespie), est d’une discrétion exemplaire tout au long du morceau.

Pour reprendre ensuite les propos de Leonard Feather, auteur du « Book of Jazz » : « la trompette de Miles Davis dont le feu couve est attisé par les braises que stimule l’alto de Cannonball Adderley. » Cannonball « balance » littéralement, donne tout ce qu’il a, du morceau qui ouvre l’album à celui qui le clôture, avec ce son « rond » qui nous rappelle incontestablement celui de Bird.

La magie de cet album indispensable pour tout amateur de jazz qui se respecte, ne réside pas simplement dans le nom des musiciens qui y figurent : Miles Davis, Cannonball Adderley, Hank Jones (piano), Sam Jones (bass) et Art Blakey. Je dirais que la magie est plutôt dans la manière dont les musiciens ont su jouer ensemble : Somethin’Else fait parti de ces rares albums qui ont permis (et c’était là la volonté première de Cannonball et de Miles) la rencontre de musiciens de styles sensiblement différents mais dont la complémentarité nous donne au final une oeuvre unique, un voyage de 44 minutes, un goût de trop peu...

Maxime Lommé

www.cannonball-adderley.com