Samuel Blaser

Cela fait quelques temps que nous entendons de plus plus parler de ce tromboniste suisse berlinois. Il fallait donc faire connaissance...

D'où viens-tu ? Quel est ton parcours de musicien ?

J’ai grandi en Suisse dans une petite cité horlogère qui s’appelle La Chaux-de-Fonds. C’est au Conservatoire de cette même ville que j’ai commencé le trombone dans la classe de Jacques Henry. Après l’obtention de mon diplôme d’enseignement (bachelor) je suis allé étudier en privé avec Geoffroy De Masure à Paris pendant deux années. J’ai ensuite obtenu la ”Fulbright Grant”, célèbre bourse américaine, pour étudier avec Jim Pugh, John Fedchock, Hal Galper ou encore John Faddis à la ”SUNY Purchase University” dans le nord de l'état de New York. J'y ai obtenu mon ”Master of Music” en 2008.

C'est à New York que j'ai commencé à créer mes premiers projets en tant que ”leader”, notamment le Samuel Blaser Quartet avec qui nous avons fait une première tournée en 2006. C'est aussi là-bas que j'ai rencontré la plupart des musiciens avec qui je collabore régulièrement aujourd'hui comme Peter Van Huffel, Michael Bates, Ziv Ravitz, Thomas Morgan ou encore Russ Lossing. J'ai ensuite reçu une bourse de six mois en 2008 pour résider à Berlin et pour étudier la composition avec Tiziano Manca avec qui je travaille toujours aujourd'hui. Actuellement, je suis basé en Europe et je continue d'effectuer des navettes entre Berlin, New York et la Suisse.

Le mot "jazz" qu’est-ce que cela t'évoque ?

Pour moi, le mot "jazz" est synonyme de rêve. Depuis tout petit, en écoutant Ray Charles ou encore Louis Armstrong, mon souhait était de jouer leur musique et de me rendre à New York pour y vivre.

Quels sont les artistes et les expériences qui t’ont marqué ?

Partager la scène avec le Vienna Art Orchestra était l'une des expériences les plus marquantes. C'était vraiment exceptionnel de pouvoir jouer avec eux. J'ai énormément d'admiration pour Mathias Ruegg et les musiciens du VAO. Les artistes qui m'ont marqué et qui continuent de le faire sont sans doute ceux avec qui je collabore régulièrement dont le guitariste Marc Ducret ou encore le batteur Pierre Favre, des musiciens très inspirants et des personnalités touchantes. Avec Pierre, nous avons développé une belle amitié et je crois que cela se ressent beaucoup à travers notre musique. Je suis très reconnaissant qu'il ait accepté de jouer avec moi. Aujourd’hui, Il m'engage également dans ses projets. Mes voyages en Corée du Sud ou encore en Afrique du Sud, pour jouer entre autres des concerts, solo étaient également de très belles expériences. Finalement, chaque voyage, tournée et rencontres marquent et influencent ma musique d’une certaine manière.

Quels sont les musiciens dont tu te sens proche actuellement ?

Ceux avec qui je joue !

En tant qu’improvisateur, ressens-tu comme une nécessité le fait de se "ressourcer" auprès de traditions musicales autres que la tienne ?

Complètement. Mais il ne faut pas oublier que mon éducation de base est la musique classique et qu’elle continue d’influencer mon écriture et mon jeu. J'ai également beaucoup d'intérêt pour les musiques du monde dont la musique des Shona au Zimbabwe, la musique coréenne, les musiques balkanes, la musique afghane (Khaled Armen) ou encore la musique palestinienne (Marcel Khalife).

Est-ce que tu recherches quelque chose de particulier quand tu écoutes de la musique ?

Pas vraiment... j'essaye de l'apprécier comme elle vient. Je l'analyse quelques fois, mais c'est pour comprendre comment le compositeur a travaillé le matériel.

Ton dernier choc musical ?

Je me suis plongé dernièrement dans la musique baroque et j'écoute énormément le violiste de gambe, Jordi Savall. C'est une réelle inspiration. Sinon, quand j'étais en Afrique Du Sud, il y a quelques semaines, j'ai découvert ce magnifique saxophoniste Zim Nqgawana avec qui j'ai d'ailleurs eu le plaisir de jouer. Je suis également tombé amoureux des oeuvres de Gérard Grisey qui ont énormément influencé mon écriture.

Tu es Suisse, as vécu à New York et tu résides désormais à Berlin. Ces déplacements, étais-ce une nécessité dans ta démarche artistique ?

Ces déplacements me permettent de pouvoir découvrir d'autres scènes, d'autres musiciens et d'autres styles musicaux. Je dois dire que New York a totalement changé ma vision musicale. La ville m'a carrément transformée. J'en suis sortis différent.

Berlin semble être devenu un centre incontournable pour les arts, en particulier la musique en Europe. Qu'en penses-tu ? Comment le vis-tu au quotidien ?

Je n’y suis malheureusement pas assez pour pouvoir décrire ma vie au quotidien. Si j’y suis une semaine par mois, c’est un exploit et je les consacre beaucoup au repos et à ma vie privée et de ce fait, je n’ai pas beaucoup d’occasions de côtoyer la scène berlinoise. J’ai quand même pu rencontrer et jouer avec certains musiciens comme Conny Bauer, Kalle Kalima, John Hollenbeck, Ronny Graupe, Wanja Slavin ou encore Stéphane Furic-Leibovici, magnifique contrebassiste et compositeur, avec qui nous débutons d’ailleurs une collaboration. Pour le moment, Berlin, au niveau du jazz et des musiques improvisées, ne s’est pas montrée aussi stimulante, excitante et passionnante que New York, mais elle cache probablement quelque chose que je dois encore découvrir.

Prochaines dates, enregistrements, collaborations futures, projets ?

Je serai à nouveau en tournée dès fin septembre. Notamment avec Pierre Favre avec qui nous avons quelques dates en France, Pologne, Portugal, Allemagne et Suisse pour promouvoir notre nouveau disque, Vol à Voile, paru sur Intakt Records. Ensuite, je serai en tournée avec le Samuel Blaser Quartet en Suisse, Allemagne, Angleterre, Lituanie et Pologne et nous profiterons d'enregistrer "Babel", un programme musical inspiré par des peintures de Friedrich Dürrenmatt. Au mois d'octobre et novembre, je tournerai également en Europe avec un nouveau trio qui comprend Lucien Dubuis à la clarinette contrebasse et Luigi Galati à la batterie.

Pour finir l'année en beauté, je serai à New York en décembre pour enregistrer mon nouveau projet, le Samuel Blaser Consort In Motion, pour le label Kind Of Blue Records. C'est un projet dédié à la fusion de la musique baroque et du jazz et met l'accent sur les compositions de Claudio Monteverdi, Biaggio Marini et Girolamo Frescobaldi. J'aurai le plaisir d'accueillir dans la formation le légendaire Paul Motian à la batterie, Russ Lossing au piano et Thomas Morgan à la contrebasse. Le disque sera produit par Robert Sadin et enregistré par Dave Darlington.

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.samuelblaser.com

www.myspace.com/samuelblaser