Le Jazz est là !

La quatrième édition du festival Carolomacérien "Le Jazz est là !" déroule ses concerts depuis le 3 juillet au très bel Espace Manureva. l'occasion de poser quelques questions à ses organisateurs : le président Timothée Fisson, le programmateur Marc Boutillot (qui encadre également les stages) & Jérôme Thomas, en charge de la logistique de l'événement.

Comment sont nées ces rencontres, et quels sont les acteurs qui les constituent, puisqu'il semble que tout cela prend sa source dans différentes coopérations entre structures ?

Tim - "Le Jazz est là !" est né en 2007, quand plusieurs associations culturelles et sensibles au jazz se sont mises autour d'une table pour organiser un évènement en commun, afin de faire découvrir cette musique au plus grand nombre. Chaque association impliquée dans l'aventure organisait une soirée, avec ses propres spécificités : De bouche à oreille pour les concerts dans les lieux chargés d'histoires sur les Crêtes Préardennaises, Le Tétras Lyre (Cie de théâtre) animait un stage de jazz/présence en scène, Charleville Action Jazz en partenariat avec la Ville s'occupait des concerts sur Charleville, La Pellicule Ensorcelée d'une soirée Ciné-Jazz.

Jérôme - Un tel fonctionnement demande beaucoup de coordination, et pas mal de temps de préparation pour chaque association. Comme les rencontres "Le jazz est là !" nécessitaient de plus en plus de travail, nous avons décidé l'année dernière de créer une équipe spécifique au "Jazz est là !", avec ses bénévoles et ses propres financements. C'est désormais l'association "Le jazz est là !" qui porte l'ensemble de l'évènement, même si les associations fondatrices ne sont jamais bien loin, en partenaires bienveillants.

Quels sont les objectifs d'une telle manifestation, ambitieuse, qui marie diffusion & pédagogie ?

Marc - L'objectif premier est sans doute à destination des musiciens qui souhaitent jouer du jazz. En rassemblant chaque soir une quarantaine ou une soixantaine de musiciens amateurs et professionnels dans notre "club de jazz éphémère", on crée un lieu unique de rencontres et d'échanges, que ce soit autour d'un verre où même sur scène à l'occasion des diverses jam-sessions.

Tim - C'est la force du "Jazz est là !", et aussi pour le grand public... Le jazz peut faire peur, mais l'ambiance du lieu, l'effervescence qui s'y passe, tout le monde aime ! Nous attirons un public hétéroclite et curieux, à qui l’on dit chaque soir : "Et oui c’est aussi ça le Jazz… aujourd’hui". Tel ou tel musicien que vous ne connaissiez pas forcément... Et oui : sa musique peut être un peu déconcertante, dérangeante, ou tout simplement magnifique et mystérieuse… des musiques que l’on n'entend pas forcément d’habitude… ou alors peut-être, mais on sait plus trop où ! Et à la fin des concerts, les mêmes artistes retrouvent les musiciens-stagiaires pour jouer à l'unisson sur scène les plus célèbres standards de cette musique que l’on appelle… le jazz.

Jérôme - Avec des spectateurs qui nous font confiance, ça nous laisse tout le loisir de faire découvrir des artistes qui nous plaisent, d'assurer leur diffusion sans nous soucier de leur notoriété où de leur actualité médiatique.

Marc - Et au final on s’aperçoit que tout est lié. Le jazz est et restera une musique d’échange, de rencontre… avec ce triangle : musiciens professionnels, public et… élèves musiciens. On a tendance à l’oublier. On le sait, il y a toujours eu un public écoutant et des musiciens présents sur scène ! Mais il ne faut pas oublier qu’il y avait aussi, dans les coulisses, au fond de la salle de concert ou du club de jazz, des disciples, des élèves de ces grands musiciens improvisateurs prêts à venir apprendre sur scène, à venir jouer avec ces musiciens… participer à une Jam session avec eux. Alors maintenant il y a les écoles, les stages… et attention, c’est très bien. Mais nous au "Jazz est là !" nous voulons garder ce coté « Master class » en direct, sur scène, devant le public. Et oui c’est aussi ça… Le jazz est là !

Avez-vous une ligne directrice sur le plan artistique, comment faites-vous les choix vis-à-vis des artistes invités ?

Marc - Il y a en fait plusieurs critères. Puisque nous sommes sur des rencontres il faut que les artistes invités puissent ou veuillent échanger avec les musiciens stagiaires lors des jam sessions qui se déroulent après leurs concerts, donc avoir la pratique ou la connaissance du répertoire de cette musique que l’on appelle le jazz… Ensuite notre démarche est de faire venir des formations de musiciens qui défendent une esthétique, présentant leurs propres compositions. En effet, nous ne cherchons pas forcément les formations "revival", ni forcément les "têtes d’affiches" portées par une certaine intelligentsia médiatique. Non, nous aimons présenter des groupes qui ont le mérite d’être présents sur scène et qui pour diverses raisons ne le sont pas assez, mais qui ont malgré tout une actualité.

Pouvez-vous mesurer déjà les effets de ce festival vis-à-vis du public (je pense en particulier au jeune public et aux musiciens amateurs, notamment concernant le stage), sa complémentarité avec la programmation de saison de Charleville Action Jazz ?

Tim - Nous souhaitons être complémentaires à ce qui se fait déjà en jazz à Charleville : que ce soit avec la programmation de CAJ bien sûr, mais aussi, côté pédagogique, avec les cours du conservatoire de Dominique Tassot ou Didier Maizières, où encore les jams ponctuelles organisées par Marcel Ebbers. "Le Jazz est là !" a pour lui le côté festif et rassembleur, avec des musiciens qui viennent de toute la France pendant huit jours, c'est un temps fort dans l'année.

Jérôme - Pour ce qui est des effets sur le public, et notamment sur les jeunes musiciens, les stages débutants et découvertes sont aujourd'hui remplis par des musiciens locaux. Si les premières années nous avions du mal à recruter localement, aujourd'hui, c'est la moitié des stagiaires qui sont issus du département. On en est très contents !

Des projets, des souhaits pour les éditions futures ?

Tim - Pouvoir remettre le couvert l’année prochaine…

Jérôme - Trouver les financements sous le sabot d'un cheval !

Marc - Et une fois qu’on les aura trouvés… pourvu que ça dure. Non plus sérieusement, c’est quand même fou qu’avec un projet comme celui-là… et qui marche, stagiaires en nombres, publics aussi… on ait du mal à trouver des sous pour le réaliser sereinement, quoi qu'il faut le reconnaître certains partenaires nous aident beaucoup (la ville de Charleville par exemple) mais ça reste difficile.

Qu'écoutez-vous actuellement ? Quels sont vos coups de cœur ?

Marc – Au niveau de l’écoute il n’y a pas de limite, c’est tout ce qui se présente à nos oreilles. Je pense que par rapport à cette musique, le jazz, on ne peut pas et on ne doit pas s’arrêter a une forme d’esthétique ou de courant particulier. Le jazz a toujours été et l’est encore plus aujourd’hui un mélange, un croisement, un métissage, une explosion d’une multitude de musiques, de cultures… avec au centre l’improvisation. Donc il faut chercher à écouter le plus de choses. Enfin, je pense qu’aujourd’hui un musicien de jazz (et il ne faut plus avoir peur de ce mot) doit être à la fois un historien, un acteur de son époque et un chercheur… passé, présent et avenir.

Tim - Nos coups de cœur ? Les formations programmées aux Rencontres le "Jazz est là !" bien sur : Tam de Villiers Quartet, Alata de Francis Le Bras, Das Kapital et Electro couac d’Olivier Calmel !

Propos recueillis par Pierre Villeret

Le site du festival