"J'ai peur d'écouter (autre chose que) du jazz..." Tous les mois, JAZZus vous aide à avoir moins peur.

Napoleon Maddox

Ce que je vais vous dire est d'une affreuse banalité : le jazz est le hip hop sont frères. D'une telle évidence que je n'ai même pas envie de développer le tout et vous encourage à lire la suite.

MACAO avait interviewé Napoleon Maddox 5 ans auparavant. Originaire de Cincinnati, il fait figure d'un des rappeurs les plus éclectiques de sa génération que ce soit au sein de groupe IsWhat ?! ou aux côté de Chuck D, Public Enemy ou David Krakauer. Depuis, le MC a parcouru du chemin et son nom est de plus en plus souvent à l'affiche des festivals de jazz de l'hexagone, aux côtés du monument Archie Shepp ou à la tête de son tout nouveau projet A Riot Called Nina. Un étonnant projet qui rend hommage à la chanteuse et pianiste Nina Simone. Il y est accompagné par la pianiste curieuse de musique(s) Sophia Domancich et des Boxettes, ensemble vocal bluffant (championne du monde de beatbox 2009). A découvrir absolument.

Nous avions fait ensemble une interview en avril 2006. Beaucoup de choses ont changé depuis, notamment une véritable reconnaissance de ta musique en France. Que s'est il passé ?

Ce qui s'est passé depuis cette première interview ? J'ai continué à travailler, à imaginer de nouvelles façons d'améliorer mon art, à développer les collaborations avec les gens que j'ai rencontrés, à toujours être excité par la vie et à toucher le public. Des fois c'est cool, parfois c'est un boulot compliqué !

Quand tu as commencé la musique à Cincinnati, imaginais-tu un jour partager une scène avec Archie Shepp ?

Quand j'ai commencé... A cette époque je pensais évidemment au futur, mais j'étais tellement plus dans l'instant... Je crois que je n'ai pas anticipé 90 % de ce qui m'est arrivé depuis que je me suis vraiment lancé dans la musique. Parfois j'aimerais être toujours aussi impulsif que je l'étais à l'époque. Entre contemplation et impulsion, la balance est délicate.

A lire les interviews et les papiers te concernant, on a l'impression que tu es devenu une sorte d'intermédiaire officiel entre le jazz et le hip hop, tout le monde te voit comme un chaînon entre les deux.

Pour moi il n'est pas nécessaire de faire une transition entre le hip hop et le jazz. La première fois que j'ai entendu Maceo Parker, c'était sur un disque de hip hop. La première fois que j'ai entendu Dizzy Gillespie, c'était sur un disque de hip hop. Les gens qui parlent de divergences entre ces deux moyens d'expression ne le font pas sur le plan de la musique. Ils le font en réalité sur le plan social.

Ton nouveau projet s'appelle Riot called Nina, autour de Nina Simone : pourquoi avoir choisi cette artiste ?

Tout au long de sa carrière, Nina Simone a tenu à un répertoire qu'elle interprétait toujours avec la même conviction. Que ses chansons parlent d'amour, de justice sociale ou des luttes personnelles, elles ont toujours un message et touchent le public. Le public des concerts est vraiment super parce qu'il accepte à travers notre musique le cadeau de Nina Simone, même si nous donnons une nouvelle orientation, comme une renaissance, à certaines chansons. Ce projet n'a pas été pensé comme un coffre-fort ou un truc facile trop facile, un hommage prosélyte. Mais comme quelque chose de plus naturel et honnête que cela. Le public le reçoit tel quel, ils me disent qu'ils découvrent de nouvelles facettes de Nina Simone.

On parle beaucoup de métissage dans la musique. Ne faudrait-il pas parler aussi de contraste ?

Nous devrions plutôt parler de nos sentiments et de comment ils nourrissent notre musique. Et comment cette musique nourrit nos sentiments. Le métissage et les contrastes des notes de musique sont aussi naturels que le mélange des éléments de l'atmosphère qui nous permet de respirer.

Quelqu'un qui aime le jazz et qui voudrait découvrir le hip hop, quel morceau recommandes-tu ?

Gang Starr No More Mister Nice Guy.

www.youtube.com/watch?v=di2TTrBzPxk

Quelqu'un qui aime le hip hop et qui voudrait découvrir le jazz, quel morceau recommandes-tu ?

N'importe quel album de Thelonious Monk avec une version bien agressive de Epistrophy.

www.youtube.com/watch?v=F2s6LZUdYaU

Quelques mots à propos de ces deux morceaux ? L'un par Kool & the Gang .. l'autre par Kenny G ...

www.youtube.com/watch?v=hRu2-v1Adnk et www.youtube.com/watch?v=XHFWqk08tNY

Je suis persuadé que tu sais lequel des deux je préfère. Mais tout est question de contexte. Je suis persuadé qu'il existe des gens très créatifs qui sont capables de prendre un disque de Kenny G et de le sampler pour le faire sonner comme nous ne l'aurions jamais entendu. Mais je ne sais pas qui ! C'est l'une des plus belles choses dans le hip hop, le sample. Le jazz faisait déjà ce genre de choses bien avant la naissance du hip hop, je veux dire prendre des mélodies d'un peu partout pour les réintégrer dans un contexte différent. Nous sommes donc de retour aux origines.

Propos recueillis par JAZZus

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