J'AI PEUR D'ÉCOUTER (autre chose que) DU JAZZ.

Le temps d'une humeur passagère, emboîtons le pas d'un éminent journaliste qui depuis bien longtemps propose aux "gens du jazz" d'écouter d'autres choses et plus particulièrement des musiques tangentielles.

Puisque effectivement, ne nous voilons pas la face. Prenez une ville d'une taille suffisante pour proposer plusieurs programmations musicales régulières. Après quelques minutes d'observations vous vous rendrez évidemment compte qu'il existe des familles. Les mecs du reggae, ceux du rock, l'autre là-bas c'est de l'électro, celui ci du hip-hop. Et il y a les "gens du jazz". Un peu particuliers ceux-là. Ils se réunissent pour écouter de la musique élitiste entre eux, médecins d'une cinquantaine d'années qui lisent Télérama et écoutent France Musique en berline. Si vous en croisez un, tentez cette expérience : après lui avoir préalablement taper (pas trop fort) sur l'épaule posez lui cette question "qu'est ce qui fait qu'un morceau sonne ?". Il vous répondra invariablement : "il doit être dissonnant, joué par un afro-américain voir un berlinois et suffisamment hermétique pour que les autres ne comprennent pas". Une veste en velours et un col roulé, les "gens du jazz" dégainent à la moindre occasion un "qu'est-ce que tu penses du chorus de Coltrane sur Red Planet dans l'enregistrement des sessions au Village Vanguard en 1961 en compagnie d'Eric Dolphy, McCoy Tyner Reggie Workman et Elvin Jones ?". Mais les gens du jazz sont comme ça.

A l'intérieur même des "gens du jazz", les repas de famille sont parfois compliqués et il y a des dissidences : les "manouches" qui ne jurent que par le dernier disque de Stochelo Rosenberg, les "jazz-rocks" qui restent des heures allongés sur le sol la tête entre les deux enceintes à voyager avec le Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin, les "downtown" qui n'aiment un disque uniquement si il a été enregistré à Brooklyn et si Tim Berne ou Chris Speed sont au line-up. "Ah, les gens du jazz..." pousse t'on dans un soupir désabusé.

Il serait trop long d'y arriver par le détail et encore plus de vous faire un dessin vu comme je dessine, mais il ne vous aura pas échappé que l'accès à la musique s'est grandement démocratisé : il est plus facile grâce à internet d'accéder à sa diversité. Facile d'écouter tout et parfois n'importe quoi. J'enfonce une porte ouverte derrière laquelle il y a une fenêtre ouverte. Comprenez maintenant que les musiciens des "gens du jazz" qui ont entre 20 et 40 ans n'ont pas grandit dans des internats où l'écoute de Miles Davis, Duke Ellington et Stéphane Grappelli était obligatoire de 9h à 12h30 et de 13h30 à 17h. Ils ont écouté les Beatie Boys, usé leurs platines avec Freaky Styley des Red Hot, fait du air guitare sur ACDC. Ils ont choisi le canal du jazz parce qu'ils pensent trouver dans l'improvisation le meilleur moyen d'exprimer leurs idées. "Les jeunes d'aujourd'hui" comme dirait la boulangère...

JAZZus

Si des "gens du jazz" souhaitaient éventuellement égarer leurs oreilles au delà des frontières administratives du jazz, voici quelques conseils, une amorce plutôt qu'une révolution : la playlist.

Chaque mois désormais JAZZus vous parlere (parfois) de jazz, mais surtout du reste.