Peter Van Huffel Quartet

Like the rusted key

Peter Van Huffel est un saxophoniste canadien encore méconnu en France, mais qui ne devrait pas le rester longtemps s’il subsiste un peu de méritocratie dans le monde de la musique. (Petite aparté : amis canadiens, envoyez-nous vos bons jazzmen, plutôt que vos horribles chanteuses).

Il a réuni autour de lui pour ce nouveau projet, le pianiste américain Jesse Stacken, le batteur suisse Samuel Rohrer et le contrebassiste canadien Miles Perkin. Tout cela se passe évidemment à Berlin. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

On pouvait donc dés le départ avoir quelques doutes : des musiciens qui, contraintes géographiques obligent, n’ont pas une pratique commune régulière et un instrumentarium pas très original (le quartet traditionnel de jazz). Ces a priori s’effacent dés les premières minutes d’écoute.

C’est d’abord comme compositeur que l’altiste se distingue. Les thèmes sont longs mais retiennent l’attention à chaque instant ; ils sont élaborés et complexes mais ne tombent jamais dans l’académisme ou la démonstration. Les lignes mélodiques les plus hermétiques deviennent chantantes grâce à l’utilisation de l’unisson. Si l’on devait établir une parenté compositionnelle se serait avec Ornette Coleman (notamment sur The beast). Peter Van Huffel mêle dans son écriture plusieurs esthétiques dites savantes (musique contemporaine, recherches sonores post-free) tout en restant attentif à l’énergie qu’apporte la pulsation. Dans des ambiances totalement différentes on appréciera notamment la violence chirurgicale de Tangent (pièce très « Claude Tchamitchian » au passage) et la nostalgie désertique de atonement.

Le son de groupe est cohérent et ne laisse pas deviner la fraîcheur du quartet (seulement quelques mois d’existence lors de l’enregistrement). Les improvisations, toujours habitées, s’enchaînent de manière logique et naturelle. Il n’est pas ici question de juxtapositions de solistes afin de contenter les égos, mais de servir le juste déroulement des pièces. Jesse Stacken s’illustre particulièrement avec des improvisations toujours au plus proche de l’esprit du morceau et un flux énergétique digne de Cecil Taylor (Tangent, Intro the beast). Peter Van Huffel nous prouve avec ce disque que cette vieille « rusted key » qu’est le quartet de jazz peut encore fonctionner pour peu qu’on la manie avec doigté.

Guillaume Grenard

Peter Van Huffel Quartet Like the rusted key (Fresh Sound Records, 2010)

Peter Van Huffel saxophone alto
Jesse Stacken
piano
Miles Perkin
contrebasse
Samuel Rohrer
batterie

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