Aube Musiques Actuelles : 15 ans !

L'association Troyenne vient de fêter ses quinze ans de concerts. José Nino répond à cette occasion à nos quelques questions.

Aube Musiques Actuelles fête cette année ses quinze ans, comment est née l'association ?

Aube Musiques Actuelles naquit l’année des grands mouvements sociaux contre le « Plan Juppé » (visant à réduire « les déficits publics et sociaux » en agissant, entre autres, sur le droit à la Retraite et la Sécu). Quinze ans après, faute d’avoir pu prendre une retraite bien méritée pour sévices rendus à la cause du mieux-disant culturel, les derniers Aube Mohicans Actuelles jouent les rappels jusqu’à épuisement, du répertoire, du souffle, de l’inspiration, et du public s’il en fut, la dimension commémorative n’étant qu’un artefact supplémentaire. Et donc, quinze ans parce que dix, on a oublié et vingt, ce n'est pas gagné.

Initialement tentative de regroupement de musiciens de statuts et d’obédiences diverses (d’où notre charmante appellation) visant à fédérer et mobiliser sur des problématiques « catégorielles » non résolues (faire entendre sa musique : ou, quand, comment ?...). AMA est devenu, dans l’agglomération troyenne et le département de l’Aube, la vitrine des expressions artistiques ayant quelques rapports au jazz et aux musiques improvisées, cette évolution se justifiant par une nécessité intrinsèque : donner un éclairage public à ces expressions objectivement ostracisées.

Comment conçois-tu votre rôle d'organisateur, je veux parler du rapport au public et aux artistes, du côté militant de cette activité, surtout concernant ces esthétiques associées au jazz ?

Si le projet initial impliquait une panoplie d’actions plus large visant à la popularisation de ces musiques trop facilement occultées auprès d’un public potentiellement concerné, ces prétentions un poil trop optimistes durent être revues à l’aune du réalisme le plus trivial. Nous situant, de par notre champ d’action, hors la sphère des activités commercialement rentables, nous sommes tributaires, comme d’autres, de financements publics ou privés jamais à la hauteur des ambitions affichées. Parallèlement, l’investissement « militant » tend à s’économiser, tant et tant, qu’avec le temps, va, tout s’en va… d’où un repli glorieux sur l’objectif principal : connaître et apprécier ces musiques implique d’avoir la possibilité d’en entendre. Et d’en voir. A défaut d’être indispensable, « voir » la musique peut aider à l’ouïr intelligemment. Or, tout au long de ces trois lustres, on en entendit des vertes et des pas mûres : pas loin de 200 concerts, plusieurs centaines de musiciens sur scène. Des musiciens connus dans leurs rues, de renommées locales, nationales ou internationales. On ne les pas tous eus, mais on les aura tous, ou presque, nom de Zeus !

Donc, c’est ça que l’on sait faire, c’est ça que l’on fait et c’est ça que l’on fera.

Peux-tu nous présenter un rapide panorama actuel du jazz et des musiques improvisées dans l'Aube, que ce soit du côté des organisateurs, des artistes ou du public.

S’attribuant sans complexes la fonction de scène principale pour ce qui concerne les musiques peu ou prou liées aux jazz et à ses dérivations, elle n’entend exercer aucunement une mainmise hégémonique sur ces expressions artistiques dans le département de l’Aube, AMA qui à défaut de baraque, casse sa tirelire avec obstination monomaniaque. La preuve :les jeunes gens organisant le festival JazzaBar. La preuve : vivant et survivant en ces mêmes contrées des collectifs d’artistes tels Alka, Musiseine, organisant ateliers, concerts, etc. axés principalement sur leurs productions. La preuve : une flopée de musiciens aux qualités indéniables qui persistent à présenter leurs musiques là où on veut bien les accueillir, ici et ailleurs, et quelquefois (autant que faire se peut) sous l’égide d’AMA. A qui, il est vrai, on pourrait reprocher de ne pas inscrire plus souvent d' artistes locaux ou issus d’autres régions, à la renommée tout aussi incertaine, mais qui a fait le choix, afin de créer un public en suscitant sa curiosité et son intérêt, d’inclure dans sa programmation quelques « têtes d’affiche » dont il serait absolument dommage qu’elles ne brillassent point pas dans le firmament culturel troyens et aubois. Ne serait-ce que pour faire plaisir à ceux qui les apprécient.

Comment et sur quels critères se sont faits vos choix pour célébrer cet anniversaire ?

Sans revenir sur le caractère passablement artificiel de la commémoration, on retiendra toutefois que le « client » n’a pas été volé : que du bon à pas y croire, représentatif de quelques uns des centres d’intérêts musicaux motivant les « Pieds Nickelés » sans foie ni loi présidant aux destinées d’AMA zone. En vérité toute la programmation 2010 a été basée sur cette volonté de « marquer le coup », un peu comme si cela devait-être le dernier. Et ça a couté, bonbon, d’aligner sur scène successivement les formations d’Emmanuel Bex, Nguyen Lê, Aldo Romano, Susie Arioli, L’Orchestre du Cirque Zanzibar, Manu Codjia, J.M. Ecay, S&Sirs, Louis Sclavis, Fabien Packo, Bernard Lubat, mais somme toute, et finalement tout bien pesé, ça nous a bien plu. Et nous nous sommes laissé dire que ceux qui en profitèrent par ailleurs (le public) ne furent pas mécontents eux aussi, de nos quinze ans.

Quels sont les projets de l¹association pour l'avenir ?

We insist : Freedom now suite ! A part ça, survivre.

Tes plus grands plaisirs d'organisateur ?

Concernant les artistes, pas de jaloux, comme à L’école des fans, tout le monde a gagné ! À quelques exceptions près, déjà oubliées. Sinon, organiser un concert, onanisme vaniteux du lonesome organisateur, ça fait du bien quand ça s’arrête. Et c’est tellement mieux quand ça recommence.

Propos reccueillis par Pierre Villeret